Visite de musée

Le Moulin de Marie Ravenel : du grain au pain, une version touristique

Par un joli samedi des vacances d’avril, me voilà partie en mini road-trip dans le Val-de-Saire, côté opposé à La Hague dans la presqu’île du Cotentin. L’occasion d’improviser une visite au Moulin de la Coudrairie sur la commune de Réthoville. Ce joli moulin est celui qui a vu naître la meunière-poète Marie Ravenel, (grande inconnue au bataillon pour moi).

Le moulin est situé en arrière de la départementale, dans son cadre naturel, un peu paumé. Il faut marcher un peu pour accéder au moulin. Arrivée pile pour 14h, les agents de l’office de tourisme qui font l’accueil me demandent de bien vouloir patienter avant la visite guidée qui, elle, ne commence qu’à 14h30. Je fais donc le tour du moulin est fini par me planter sur un banc en attendant. C’est en revenant à l’accueil que je remarque l’écran sur lequel passe un film sur le moulin. Tiens, j’aurais bien aimé le voir en attendant, mais on ne me l’a pas indiqué.

Roadtrip Val de Saire 074.jpg
Vue de l’arrière de la maison avec le bâtiment du four à pain, et le premier plan charrue

La visite commence par la présentation du bâti. C’est normal que ce soit très joli, la rénovation n’est pas vieille ! Cela ne fait que quelques années que le site est ouvert à la visite. Racheté par la communauté de communes, le moulin historique, construit au cours du 17e siècle a été bien modifié pour accueillir le public. Le gros corps de bâtiment était à l’origine deux bâtiments : le moulin, où logeait également la famille du meunier, un petit appentis qui servait de remise, aujourd’hui détruit, et une écurie, actuellement l’accueil. Tout le reste a été ajouté pour les besoins de l’accueil du public : l’espace « classe des années 1950 » ainsi que les sanitaires et l’espace pour faire le pain. Les chaumes du toit ont été reconstituées et les faîtières plantées d’iris, quand la nature se charge en général de l’ensemencement de ces faîtières même si c’est moins joli que des iris. Le site est tellement neuf pour le moment que ça fait presque bizarre. J’ai eu l’impression de débarquer dans un dessin animé, limite Disney… Je pense que la patine du temps rendra le lieu un peu plus authentique, pour le moment ça fait un peu carton pâte. Pour des raisons d’entretien, les roseaux du chaume ont été achetés en Camargue car moins sujet aux invasions d’insectes. Ainsi la rénovation du site rend bien mais des concessions importantes ont été faites pour faciliter l’exploitation du site. Contrairement aux règles de restaurations qu’on m’a apprises, les ajouts et rénovations ne sont pas visibles. On ne distingue pas le nouveau bâtiment de l’ancien. Je ne dit pas que j’aurai préféré un bâtiment moderne adjoint à un bâtiment rénové tels qu’ils pouvaient être mais le résultat actuel ne satisfait pas mon regard scientifique.

Ensuite, la guide de l’office de tourisme nous présente la roue à aube, une des pièces de la machinerie entièrement refaite car la roue d’origine (mise à sec trop longtemps) avait pourri. Du coup, la roue a été faite dans un bois exotique imputrescible. L’arbre moteur est bien celui d’origine par contre. Nous entrons dans le moulin avec le couple de retraités qui partage ma visite. C’est alors que je comprend pourquoi on ne m’a pas proposé de faire de visite sans guide : il n’y a aucun texte, support ou explication ! La guide a un support texte pour elle mais pas un cartel ou un texte explicatif où que ce soit. Quand nous entrons, notre guide arrête le moulin, en effet, celui-ci a du mal, et pour cause, il manque de grain !

J’admire la volonté de faire visiter le site en visite guidée mais du coup, il n’y a qu’un niveau de visite possible, celui qui est faisable avec un personnel qui n’a pas le temps d’approfondir la thématique du site, principalement parce que ce site n’est pas celui sur lequel il reste la plupart du temps ! Ayant déjà visité des moulins à eau, la visite m’a paru simple, presque même simplifiée. J’ai révisé et réactivé des connaissances mais n’en ai pas appris de nouvelles.

Pour l’explication du mécanisme du moulin, un schéma aurait été le bienvenue car l’arbre moteur actionne deux mécanismes de transformation dont certains sont cachés, cela aurait permis de concevoir le mécanisme mentalement de manière plus simple. J’ai utilisé une image mentale du Moulin de Marcy pour ma part, où les rouages sont présentés de manière approfondie (trop parfois). Nous poursuivons la visite en montant au grenier, où était stocké le grain pour approvisionner le moulin. La guide nous montre la trappe pour faire monter les sacs et un tarare en fonctionnement donc la restauration est pour le coup, bien visible ! Le reste de la pièce est aménagé en chambre, or nous sommes bien dans un lieu qui n’a jamais servi que de grenier à grain. Les aménageurs ont eu peur du vide et ont préféré exposer des textiles en pleine lumière du jour plutôt que d’assumer une vacuité ou, tien, pourquoi pas quelques panneaux sur le fonctionnement du moulin ?! La présence du tarare (qui n’était utilisé qu’à l’extérieur) aurait pu être le point de départ d’un discours sur le travail du grain pour passer du champ à la farine… Beaucoup de possibilités, celle qui a été choisie, me semble la moins scientifique de toutes. Pour le touriste, par contre, pas de problèmes ! La guide nous présente très succinctement la vie de Marie Ravenel, qui a vécu dans le moulin jusqu’à son mariage avec le garçon meunier après quoi elle a déménagé. Concernant la présentation de ce personnage qui a donné son nom au moulin, il m’a manqué des extraits de ses poèmes, de l’iconographie, une biographie un peu plus dense. La guide a avoué d’elle-même ne pas savoir comment une jeune fille du 18e avait pu acquérir une telle éducation à la campagne. Cela mériterai effectivement quelques recherches et pourquoi pas une exposition qui aurait pu remplacer la chambre du grenier…

Nous redescendons ensuite dans la salle commune du moulin où vivait la famille. La scénographie des costumes est réalisée en fil de nylon, là encore, pas de filtre ou de store

Intérieur de la salle commune et l’escalier du moulin

aux fenêtres. La guide insiste sur le fait qu’à l’époque de Marie Ravenel, toute la famille vivait là, qu’il n’y avait pas de chambre. Pourquoi ne pas y avoir mis de lit alors ? Sur la cheminée il y a un agrandissement d’une carte postale Le Goubey montrant le moulin avant restauration. Effectivement, l’endroit a bien changé. Nous quittons la salle commune 18e-19e pour passer dans une salle de classe des années 1950 ! Gros bon dans le temps. Cette salle a été pensée pour accueillir les groupes, notamment scolaires, lors de visites. Sachant que la programmation pour les scolaires tourne a priori surtout autour de la fabrication de la farine et du pain, je me demande comment on peut justifier une salle des années 1950. La guide annonce en riant, que c’est parfois l’occasion de faire une dictée. Oui, effectivement cette activité est proposée dans certains musées sur l’école d’autrefois, mais dans ces cas-là, c’est logique… Quitte à faire une classe, pourquoi ne pas faire une école 18e, voire 19e, il en existait aussi. Ou alors pourquoi ne pas faire simplement une salle de médiation, avec parquet et mur à la chaux pour le décor mais un mobilier plus moderne ou passe-partout qu’un mobilier années 1950. C’est vraiment la salle que je ne comprend pas d’un point de vue scientifique.

La salle de classe années 1950

Nous ne restons que quelques minutes, le temps d’évoquer également le vol des encriers. Les retraités m’accompagnant ont apprécié cette salle qui leur rappelle leur jeunesse. En nous raccompagnant, la guide mentionne que nous ne verrons pas le fournil car il n’est ouvert que pour les ateliers pains. Retour à la boutique et au revoir.

La totalité de la visite a duré 45mn, soit un quart d’heure de plus que ce que cela doit durer normalement de l’aveu de la guide. Je n’ai pas eu le temps de voir les objets avec précision, ni de retourner les voir dans un second temps seule. J’aurai aimé m’intéresser, malgré l’incongruité de leur présences, aux draps et dentelles exposés au grenier.

La tarification est de 4€ par adulte pour une visite de 30 mn, plutôt rentable pour la ComCom, dans d’autres site, à ce tarif, les visiteurs en ont pour 2h, voire plus, de visite. Ainsi si la visite peut être pédagogique, le site reste éminemment touristique par son rapport temps/prix ainsi que le discours et les salles présentées. La rigueur d’une recherche scientifique manque à mon sens pour qualifier ce site de musée.

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