Visite de musée

Airborne Museum : « Aux parachutistes américains, Sainte-Mère-Église reconnaissante »

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Entrée du musée sur la place principale de Sainte-Mère-Eglise

Parmi les nombreux lieux d’exposition et de visite sur le sujet de la Seconde Guerre Mondiale, le musée Airborne (dites « Airborne Museum ») est un des incontournables de la Basse-Normandie. Aussi, employée saisonnière à Sainte-Mère-Église, je me devais de profiter de mes premiers congés pour aller visiter le musée. Créé pour l’anniversaire des 20 ans du débarquement, il s’est doté en 2014 (pour le 70e anniversaire) d’un nouveau bâtiment ultra moderne et à la scénographie immersive. Pas forcément friande de la thématique, c’est avec mon regard de muséographe et de visiteuse ultra-fainéante que j’ai fait la visite.

Premier petit truc à savoir : le parking autour du musée (dans un large rayon) est payant (pour un forfait de 2€ la journée, même si vous arrivez à 16h et surtout n’essayez pas de mettre moins de 2€) et/ou limité (à 1h30 avec un disque, sur la place de l’église, d’après la dame de l’Office de Tourisme). Moi qui déteste être pressée ou prise pour un jambon, ça commence mal. Notez toutefois qu’il est possible de faire la visite en 1h30.

Je ne sais si c’est parce que j’entrais gratuitement ou si c’est comme ça pour tous les visiteurs mais la dame de l’accueil m’a montré la porte de sortie vers les bâtiments d’exposition et pouf, débrouille-toi ! Y-a-t-il un sens de visite ? Un petit plan, un document explicatif ? Par quel bâtiment commencer ? Ça ne prend pourtant que peu de temps d’indiquer : « la visite commence dans le bâtiment en face de vous » et une question de moins pour le visiteur qui se dirige directement vers l’endroit, d’un pas assuré et commence la visite en confiance.

Je passe sur le fait, fréquent en cas de visite gratuite, de ne pas avoir de ticket pour ajouter à ma collection.

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Le fameux plan devant le bâtiment de l’accueil, non orienté…

En sortant, un plan m’attends à ma droite, il n’est malheureusement pas orienté dans le même sens que les bâtiments et du coup je ne m’y suis pas attardée. Je me suis dit : « Bon, j’ai un bâtiment rigolo en face de moi, je vais aller voir ce qui s’y passe… ». Il a une forme de parachute !

Ce bâtiment concerne les planeurs. Quiche en débarquement que je suis, je ne savais pas que c’étaient des planeurs qui avaient été utilisés. Après une (première) plaque saluant les mérites des personnes, si bien avisées, qui ont eu l’idée de génie de construire ce musée ici, les cartes d’états majors et autres militariae s’enchaînent. Les vitrines sont numérotées et certains éléments disposent de code-barres mais dans quel but précis (destinés à être lu par un audioguide multilingue ?), rien ne fait référence aux numéros des vitrines, peut-être est-ce un document spécifique, pour les scolaires ? Certains objets disposent d’un petit commentaire, un nom de donateur, mais ces petits bouts de papier ont l’inconvénient d’être volatiles, et cela n’a pas manqué, un était retourné à l’intérieur de la vitrine. Globalement, le musée manque de texte et d’explications dans ses deux bâtiments « anciens ».

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Une des vitrines du premier bâtiment et ses petites étiquettes

Pourquoi ces objets ont-ils été réunis ensembles ? Certaines thématiques sont évidentes, d’autre bien moins et les ensemble font un peu penser à des boîtes d’effets personnels à remettre aux proches des victimes.:-S. Un petit titre, même sur une étiquette, permet de donner un sens global à des objets associés et de guider le visiteur, peu habitué à ces objets, dans sa compréhension, pas besoin d’un pavé de texte non plus.

Parmi les objets, j’ai eu du mal à identifier ceux qui seraient plus parlants que les autres, ceux qui me feraient comprendre le message qu’on essaye de me transmettre dans cette exposition. Parce que je reste convaincue qu’une exposition est un système de communication et donc qu’il y a un message ! Certains objets ont attiré mon attention : des titres d’ouvrages qui m’ont interpellée, les disques et les bouteilles de Coca Cola. Petite note : pour les non anglophones, certains objets restent muets car aucune traduction n’est proposée, notamment pour les couvertures de livre. Or tous les visiteurs ne sont pas bilingues ou américains.

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Prendre du recul pour lire un panneau veut dire s’adosser au suivant

Je me suis tournée vers les panneaux où un peu de texte était présenté. Ouf un peu de contenu pour mon cerveau inexpérimenté en débarquement parachutiste. J’en apprend un peu plus sur les planeurs. C’est alors que je vois un papa et sa famille, se baisser et ramasser (!) la corde au sol et qui est reliée au nez du planeur. J’entends que c’est par cette corde que le planeur est tracté par un avion avant d’être lâché pour planer sans bruit jusqu’en France. « Ah oui ? Bah j’ai pas lu ça moi, merci monsieur ! » De fait, j’ai recroisé cette famille à d’autres moments de ma visite et c’est grâce à ce monsieur que j’ai pu comprendre des choses, dont je n’ai pas retrouvé l’explication sur des supports du musée. C’est dommage de devoir compter sur des visiteurs expérimentés et de passage pour obtenir des informations. Il fallait peut-être mettre un panneau à l’entrée : « Attention, des connaissances sont nécessaires pour comprendre l’exposition proposée. Public néophyte non accompagné, s’abstenir. ».

Petite prise de hauteur pour voir le planeur dans son ensemble, traversée du fuselage de l’avion et nouvelle plaque honorant les créateurs et donateurs du musée. Bâtiment 1, fini !

En sortant du bâtiment, je repère les petits panneaux noirs et blancs qui indiquent le nom des bâtiments et remarque qu’avant le nom ce n’est pas un logo mais bien un numéro qui indique l’ordre de visite. Je sors du 1, ouf je ne me suis pas trompée. Direction le 2.

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Panorama du deuxième bâtiment : panneaux, scène historique, mannequins américains et armes allemandes

Je suis accueillie par une vitrine de pistolets allemands, suivis d’une ribambelle de mannequins (en plastiques malheureusement) et encore plus de mannequins de l’autre côté de l’espace de circulation, tous en costume américains. Une scène semble reconstituée mais je ne sais pas laquelle. Une vidéo est diffusée mais elle semble concerner l’avion derrière et non la scène en question. Les uniformes militaires se suivent et se ressemblent. Une enseigne lumineuse m’indique une salle de projection, le film commence dans 13 mn, « Merci, ça fait un peu long » d’autant que je ne sais pas sur quoi se film porte, ni combien de temps il dure en tout et il n’y a pas d’espace d’attente. Ce que je sais, c’est qu’il est en vente à la boutique. Je poursuis mon chemin et tombe sur un autre espace de projection, pas plus d’infos sur le film diffusé, depuis combien de temps est-il lancé ? Mystère ! Poursuivant encore, une autre enseigne lumineuse clignotante m’indique

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La vitrine les civils et le soldat allemand

un belvédère. En avant ! En montant les marches je vois une nouvelle vitrine avec de nouveaux costumes, civils cette fois et associés à des costumes allemands. De part et d’autres, des vitrines, un côté est visiblement allemand, l’autre visiblement américain mais pas de liens entre les deux côtés a priori. Sur la vitre d’un mannequin au profil asiatique, une photo est affichée comme si une preuve était nécessaire de la présence de tels militaires parmi les troupes d’occupation. J’étais prête à les croire sur paroles, moi. Les gens font toujours des recherches dans les musées pour être sûrs de ce qu’ils présentent, non ? Y compris sur l’allure de leur mannequins (dont les catalogues font parfois peur tellement les détails sont variés). Un peu plus loin, encore quelque marches pour monter au plus haut et voir l’avion exposé au milieu du bâtiment.

Je pense que faire le tour du bâtiment, je ne peux pas parler de visite car il faut dire que rien ne m’a réellement arrêtée, m’a pris 15 mn grand maximum. Je ne suis pas très fière de moi.

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Entrée du troisième bâtiment : changement d’ambiance

Arrivée dans le nouveau bâtiment : soulagement, une vraie exposition ! Des titres, des sous-titres, des textes de salle et un niveau de discours pour les enfants. Dommage que cela arrive en fin de visite, je n’ai plus envie de lire. Je passe dans les salles, révise ce que j’ai repéré dans les deux précédents bâtiments, profite des reconstitutions en sons, lumières et mannequinages. Le dernier espace est un peu décevant et reprend les travers des autres bâtiments : costumes militaires « ayant appartenu à » alors que le texte de la section indique parler des civils, musique tire-larmes au piano qui appelle à se recueillir sur les glorieux héros (certes). Une grande partie de l’espace est dédié à Ronald Reagan, dont la fondation finance le prochain bâtiment du musée. Le résultat laisse un sentiment de vide. :-\ Et dans tout ça, je n’ai pas vu un panneau indiquant les personnes qui ont participé à la réalisation de ce beau bâtiment. C’est bien la peine d’en mettre partout sauf là.

Selon moi, les visiteurs gagneraient à être d’abord envoyés au bâtiment 3, qui synthétise les deux autres bâtiments, donne plus d’explications, notamment aux enfants, propose une expérience de visite mais surtout un DISCOURS, des explications historiques dynamisée par des documents, des costumes et des vidéos intégrées au propos. Les deux autres bâtiments pourraient alors être appréhendés de manière thématique : l’avion et le planeur, un côté alliés, un côté sol. Un léger remaniement permettrait d’éviter les redondances entre les deux bâtiments tout en les plaçant comme prolongement du discours du premier. Cela permet de conserver l’histoire du site, les différentes étapes de sa création, les bâtiments dont l’architecture est à remarquer. Ce faisant, les textes explicatifs pour les néophytes seraient en début de visite, quand le visiteur a du courage et de la bonne volonté pour lire. Dans les autres bâtiments, il pourra ainsi reconnaître plus facilement les éléments sans avoir besoin d’adjonction de texte. Cela lui permettra de mettre en application les connaissances qu’il a acquise dans le premier bâtiment, il pourra mieux comprendre les objets dans un contexte qu’il aura alors appréhendé dans un contexte propice.

Petit mot sur la boutique, je n’y ai pas trouvé mon compte. Mes marottes en matière de boutique de musée sont : les journaux d’exposition, les totebags (ou sac d’achat le cas échéant), les badges et parfois les cartes postales. Si le musée proposait bien des badges, le côté reconstitution de badges militaires achetés à une grande société ne m’a pas permis de me décider sur un modèle, propre au musée, que je n’aurai trouvé que là et pu porter fièrement pour prouver mon passage sur le site.
Petit mot sur la place des femmes : Certes à l’époque peu de femmes sont militaires mais elles sont représentées dans le musée. De même parmi les représentations de civils, on trouve une majorité de femmes (2/3). C’est à cet endroit que j’ai remarqué à quel point les mannequins pouvaient parfois être mal choisis. Si les soldats sont plutôt dans la bonne gamme d’expression (assez sérieux, certains effrayé, contents quand il le faut). Pour les femmes, il s’agit de mannequins qui semblent venir du commerce, belles et souriantes. Les infirmières américaines sont plus proche de la pin-up que d’autre chose. Pas beaucoup plus d’informations concernant leur rôle, leur place, comment elles sont considérées parmi les civils et les militaires etc. On est loin du débat de la journée d’étude du Mémorial de Caen.

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Plaque dans le deuxième bâtiment à l’entrée de la salle de projection.

Petit mot sur les plaques de donateur : Je sais que c’est important pour un musée privé et associatif de mettre en avant les personnes et organismes qui ont financé le musée, ça leur donne une visibilité possiblement contractuelle et peut donner envie à d’autres d’investir également car une belle place leur est donnée. Toutefois, j’ai tendance à préférer des moyens un peu plus discrets ou concentrés à un endroit plutôt qu’une répartition au fil des espaces de ces stèles qui me font penser aux plaques commémoratives des monuments aux morts et détournent l’attention de la visite.

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